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RETOUR sur la conférence des Terres, de l'Eau, du lait du Jeudi 14 Novembre à 20 h

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La conférence « Des terres, de l’eau, du lait » organisée le 14 Novembre dernier par le Syndicat Mixte du SAGE Couesnon en partenariat avec les intercommunalités du bassin versant, les syndicats de production d’eau SMPBC et CEBR, la Chambre d’agriculture, le CER, le GERDAL, le CRESEB et l’IDELE a rassemblé près de 80 personnes, agriculteurs, lycéens de la MFR de Fougères, élus et particuliers, intéressés par les questions de l’agriculture, de ses impacts et de ses adaptations, dans un contexte de transition écologique demandée par la société.

Crédit photo : Couesnon Marches de Bretagne

L’intervention principale était assurée par Sylvain FORAY, ingénieur à l’IDELE-Institut de l’élevage.

Retour sur l’Europe laitière

Reprenant le voyage là où il s’était terminé il y a deux ans, à l’issue de la conférence sur l’Europe laitière, Sylvain Foray a, dans un premier temps, présenté un panorama des différentes formes d’agriculture en Europe, qui se sont, dit-il, « adaptées aux contextes pédo-climatiques », avec comme conséquences des niveaux de pressions et d’impacts différents sur l’environnement.

Document disponible sous www.sage-couesnon.fr/documents/Autres/Conférence des Terres, de l'Eau du lait : Présentation par Sylvain Foray

Agriculture et pression azotée :

-        La part de la surface fourragère  Principale (SFP) dans la Surface Agricole Utile (SAU) varie entre  1/3 en Pologne et 98% en Irlande. Elle est de 50% en France. Au sein de cette SFP, surface servant à nourrir les troupeaux de ruminants, la part de l’herbe est un peu plus resserré : de 67% en Pologne à 98% au Royaume Uni ou en Irlande. Elle est de 88% en France. Ramenée à la SAU, l’herbe représente en France 44%, à presque mi-chemin entre les 22% de la Pologne et les 95% de l’Irlande.

-        Les chargements d’animaux sur la SFP sont très variables. Au Pays-Bas ils sont supérieurs à 7UGB/ha (Unité Gros Bovin, soit l’équivalent d’une vache adulte), En Bretagne, tout cheptel confondu, ils sont également importants (>3 UGB/ha SAU), et sont compris entre 0.75 et 1UGB/ha SAU, si on ne retient que les bovins. Sur le reste de la France, y compris en zone montagneuse, les chargements sont plus faibles (de 0 à 0.75UGB totaux/ha SAU selon les zones).

-        La pression d’azote totale (organique issue des déjections animales et minéral comme l’ammonitrate) s’avère très forte en Pays Bas (360kg/ha SAU). En France, elle est de 153 kgN/ha

Conséquences sur la qualité de l’eau en Nitrates :

En terme de qualité de l’eau en nitrates, les concentrations >50 mg/l se retrouvent en règle générale, là où les pressions d'élevage sont importantes comme en Allemagne. En Irlande, on a une pression moyenne (assez forte) mais aucune station >50 mg/l. Ceci est lié au type de système : Le niveau d’excédent (bilan comptable = différence entre entrée et sortie) y est important mais il y a peu de lessivage car il s’agit de systèmes herbagers, ce qui est moins le cas en France. On retiendra ici l’intérêt des systèmes herbagers par rapport au risque de lessivage des nitrates.

En France, il existe 5859 stations de suivi des eaux souterraines et superficielles à partir desquelles, les résultats sont rapportés tous les 4 ans à la commission européenne.

-        Entre 1997-2014, on note une amélioration forte de la qualité de l'eau en particulier en Bretagne.

-        Dans les zones où il y a eu des retournements de prairies permanentes ou une céréalisation importante, on a un effet inverse, soit une dégradation de la qualité de l’eau en nitrates, par ex. en nord pas de calais.

-        Dans les zones où la qualité de l’eau était déjà bonne (en zone de Montagne où les prairies ont été conservées et les chargements sont faibles), aucune dégradation n’a été constatée.

Comment on en est arrivé à ces résultats ?

-        Des investissements importants ont eu lieu pour la mise aux normes des exploitations (PMPOA : 2.24 milliards dépensés par l’agriculture en mise aux normes + 0.56 milliards d’aides de l’AELB et l’Etat et Régions)

-        Une réduction importation des apports d’engrais minéral. En Bretagne, la réduction a été d’un tiers des consommations entre 1990-91 et 2013-2014.

-        Cela se traduit dans les résultats du bilan apparent de l’azote (bilan comptable différence entre entrée et sortie) : En 1995, les fermes laitières affichaient un excédent de 143 kg/ha. En 20 ans, il a été réduit pour arriver à 93 kg/ha, notamment du fait que les engrais minéraux ont été divisés par deux.

-        La part de prairies dans SAU est également déterminante : hors Zone Vulnérable, où il y a beaucoup de prairies dans SAU, la qualité de l‘eau s’améliore.

Bassin versant du Couesnon : conséquences des scénarios agricoles sur la qualité de l’eau et la qualité de l’air

Sylvain Foray a présenté ensuite les résultats de l’étude qu’il a mené pour le syndicat Mixte du SAGE Couesnon et dont l’objectif était d’évaluer l’impact des scénarios d’évolution de l’agriculture sur la qualité de l’eau, l’air à travers différents indicateurs environnementaux.

5 scénarios ont étudiés :

o    Systèmes départ (issus de diagnostic agraire Couesnon Médian+ analyse statistique de la représentativité des systèmes décrits (11) à l’échelle du Couesnon laitier)

o    Scénarios optimisés : au niveau de l’alimentation et la fertilisation, compte tenu des niveaux de production laitière décrits + rotation des cultures adaptée ; les améliorations sont variables en fonction des systèmes

o    Scénarios « Système » : l’idée était d’approcher les différents niveaux d’objectif des mesures agri-environnementales et Climatiques (MAEC)

§  Système herbager 1 : +5 à 12% herbe dans SAU

§  Système herbager 2 : +17% herbe dans SAU

o    Scénario Augmentation de 10% linéaire de haies : de 55 ml à 65 ml/ha

o    Système bio une partie : sur des choses cohérentes avec la réalité

Point d’attention : pour l’ensemble des scénarios, il n’y a pas eu grand changement dans l’occupation du sol, car l’idée était de faire évoluer les exploitations en fonction de leur possibilité réelle. Quand on parle d’évolution vers le système herbager 1 ou 2, seules certains systèmes (2 sur 11) étaient en mesure de le faire facilement. Si plus d'exploitations évoluaient vers ces systèmes, les résultats seraient proportionnellement plus importants.

Résultats exprimés à l’échelle du Bassin versant du Couesnon laitier :

-   IFT : les Indices de Fréquence de traitement diminuent avec le passage en systèmes herbagers et bio ;

-   Dès le scénario « optimisation », on a une réduction de la part de concentrés et engrais.

Bilan apparent : il est de 114 U/ha pour le scénario de base ; 97 kg/ha SAU en optimisant ; 88 kg/ha SAU avec le système herbager 2. Quand on réduit le bilan, on réduit le potentiel de lessivage ;

-     Augmenter de 10% le linéaire de haie permettrait de stocker 7% de carbone en plus ;- L’augmentation de la surface en herbe définie dans ces scénarios est sans doute déjà une réalité (signature de MAEC herbe ; la réalité a rejoint le prospectif)  et a compte tenu des résultats de l'étude permis une augmentation de l’autonomie protéique du territoire, une baisse du potentiel de lessivage, une réduction de l’empreinte nette carbone du lait  et un gain en efficacité technique et économique

-        Plusieurs initiatives peuvent accompagner ces évolutions et l’impact positif qu’elles ont sur la qualité de l’air: association France Carbone Agri (FNPL, FNB) pour apporter des crédits carbone sur des systèmes qui évoluent.

Table ronde

Crédit photo : Couesnon Marches de Bretagne

Deux élus et deux agriculteurs ont ensuite participé à la table ronde animée par Véronique Lucas, sociologue et agro-écologue.

M. Boivent président du Syndicat Mixte du SAGE Couesnon et du Syndicat Mixte de production d’eau potable du Bassin du Couesnon (SMPBC) a rappelé l’engagement du SMPBC dans l’accompagnement des agriculteurs dans le cadre du contrat de bassin versant de Loisance Minette. Il a souligné les efforts faits par les agriculteurs, en particulier sur les Drains et les Echelles, dans un contexte de forte pression réglementaire. Il a assuré les agriculteurs de la continuité du soutien des collectivités (avec les financements de l’AELB, de la région et du département) aux agriculteurs dans le cadre du nouveau contrat, dont la particularité va être de travailler avec les organismes agricoles, comme maitres d’ouvrage associés (CRAB, Agrobio35, Adage, FRCIVAM, Eylips). Le Syndicat Mixte du SAGE Couesnon porte également un contrat sur le Couesnon Aval avec plusieurs maîtres d’ouvrage associés qui accompagnent ensemble les agriculteurs dans l’évolution de leurs pratiques en lien avec la qualité de l’eau.

Mme Boucher, vice-présidente, en charge de l’environnement à Fougères Agglomération, a présenté le PCAET de Fougères Agglomération,en écho à l’introduction de M. Dubreil, président de Couesnon Marches de Bretagne qui mettait en avant les aides économiques prochainement déployées dans le cadre notamment du Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET) de CMB. Le défi est de coordonner les différents domaines qui sont de la compétence des EPCI : la compétence Bocage qui va se retrouver dans ce PCAET ; la politique développée autour de fermes à bas carbone, l’éco-méthane ; le programme d’actions comprend une 30 aine actions dont 16 sont déjà mises en œuvre ; des actions vont également être développées pour permettre une moindre consommation des terres agricoles, densifier les espaces urbains, avoir une approche moins consommatrice en parking ; l’ambition est sur 6 ans. On prévoit également de changer les pratiques dans nos propres structures pour contribuer à l’atteinte des objectifs.

Florian Salmon, agriculteur à Luitré, installé depuis 15 ans en GAEC et avec un salarié ; il est représentant de la Chambre d’agriculture auprès des collectivités et membre des Jeunes Agriculteurs
Il a pu bénéficier d’un CAP2ER en juin dernier. Il en avait entendu parler et avait envie de situer son exploitation par rapport à d’autres. Il est sur un système d’exploitation intensif, équipé notamment d’un robot (pour aider sa mère) avec un niveau de production par VL entre 9500 et 10 000l lait. Il fait pâturer ses bêtes et produit de la luzerne. Le CAP2ER a été financé par le pays de Fougères (projet territoire à énergie positive). 150 indicateurs sont ressortis du diagnostic. Il a été surpris car le bilan de son exploitation est plutôt positif avec toutefois des pistes d’amélioration possible. Ainsi, la production carbone /animal est fonction de plusieurs paramètres dont l’âge au vêlage qui est un paramètre sur lequel il peut jouer. Les leviers d’amélioration retenus sont : moins de retournement de prairie (passer d’une fréquence de 5 à 6 ans), l’efficacité alimentaire (concentrés et fourrage). Pour résumer, le bilan de l’exploitation qui est pourtant intensive se situe au niveau d’un système à l’herbe avec un peu de maïs et bénéficie de la diversité de cultures. Un point positif a été noté dans gestion effluents c’est le fait d’épandre et d’enfouir rapidement les effluents.

Ses attentes vis-à-vis des collectivités : pouvoir évoluer par pallier. « On est fait pour un système, moi c’est le système intensif; Il faut aller au maximum sur un système qui est adapté à la situation de l’exploitation et le faire évoluer. »

Yoann Humbert, éleveur à Luitré,  installé depuis 9 ans avec un associé qui était son maitre d’apprentissage. Ils se sont installés sur la ferme de son oncle.  Celui-ci  avec système intensif ; mais ils ont modifié le système depuis 2013. Il y avait en effet un gros problème d’optimisation : « On achetait beaucoup de protéines et on avait peu de production. On a revu le système. Au début, l’objectif était de maintenir la production de lait ; La CRAB est venu pour voir comment produire plus de protéines. On est passé d’un système où on produisait 34 ha de maïs  à un système avec 12 ha de maïs et on a laissé tomber les céréales. On a ainsi 32 ha d’herbe pour 70 VL : avant il y avait 8 ha de céréales autour de l’exploitation, aujourd’hui il n’y a plus que de la surface pâturable. On produit 6500 l. lait /VL mais on est autonome en protéines (à part sur la ration veau). Il s’agit d’un bouleversement rapide. Je suis en  6e année du groupe d’agriculteurs AEP (Agriculture Ecologiquement Perfomante). Ca a permis d’aller très vite, d’éviter des erreurs, d’adapter les conseils des autres éleveurs à la ferme. En effet, chacun est sur un système pédoclimatique différent mais on peut adapter les bonnes pratiques grâce au groupe. »

Ses attentes vis-à-vis des collectivités ? On est directement concerné par un PLU (Plan Local d’Urbanisme) car installé près d’un bourg avec un terrain en PLU ; on a fait un CAP2ER y’a 2 ans ; on répond aujourd’hui  à toutes les attentes de la collectivité avec le système de pâturage + bocage. Le PLU lui est figé dans le temps. Il ne bouge pas alors qu’on veut s’engager dans une évolution de notre système et se poser la question d’échange parcellaire.

L’intervention de M. Foray ainsi que les témoignages à la table ronde ont suscité de nombreux échanges avec la salle autour des questions de la valorisation du bois bocage, des échanges parcellaires, des pesticides mais aussi des filières de valorisation des produits agricoles (alimentaires, stockage carbone…) et mis en évidence la forte interaction, sur tous ces sujets, entre les agriculteurs et les collectivités.